Bienvenue surle blog consacré à Ruben Saillens ! Son but est de contribuer à l'histoire du protestantisme
évangélique contemporain par la publication en ligne de ressources documentaires, inédites parfois, sur l'auteur de la Cévenole, poète et homme d'action, qui fut aussi un fondateur d'Eglises baptistes, le
promoteur des Conventions chrétiennes et le fondateur de l'Institut Biblique de Nogent-sur-Marne
Si le nom d'un ami vous revient à l'esprit, Ou de quelqu'un par qui votre coeur fut meurtri A cause d'une offense, ou légère, ou cruelle, Priez pour lui ! - Peut-être est-il, en ce moment, Seul, dans quelque péril ou quelque affreux tourment ; Il a besoin de vous, et Dieu vous le rappelle !
Et lorsqu'il vous sera donné de le revoir, Il vous dira peut-être : " Au fond du désespoir, Tel jour j'allais sombrer... Une force inconnue, (Comme si, quelque part, quelqu'un priait pour moi,) Me fit lever au ciel le regard de la foi... Depuis lors, la terreur n'est jamais revenue."
Alors, vous souvenant que ce fut ce jour-là Que le nom de l'absent à vous se rappela Et fut, par votre amour, porté jusques au Père, Vous lui direz : "Ami, peut-être qu'à mon tour, Plus tard, j'aurai besoin de ton fidèle amour : Que ta pensée, aussi, se transforme en prière !"
Extrait du recueil "Sur les Ailes de la foi - poésies chrétiennes" (Editions de Foi et Vie, 48 rue de Lille, Paris, 1921, p.92)
Jérusalem, la ville où siégeait le grand Dieu, S'apprêtait à fêter la Pâque solennelle. Par les routes montant à la ville éternelle, Les pèlerins en foule accouraient au saint lieu. On entendait bêler, autour du sanctuaire, D'innombrables agneaux qu'on allait égorger... C'était l'heure où l'Agneau de Dieu, le bon Berger, Mourait pour ses brebis, sur la croix du Calvaire.
Le commerce marchait. Plus d'un adorateur Voulait qu'à son retour de la sainte contrée, De quelque beau joyau sa femme fût parée. Ainsi vit-on jadis le parfait serviteur Offrir à Rébecca colliers et diadèmes... C'était l'heure où Jésus, d'épines couronné, Expirait sur la croix, de tous abandonné, Submergé par un flot de haine et de blasphème.
Dans la ville joyeuse, au soleil du printemps, Les enfants, assemblés sur les places publiques, Se livrent à grands cris des combats héroïques ; Les mères entendaient leurs rires éclatants... Et c'est l'heure où là-bas, l'autre mère,Marie, Sentait un glaive aigu lui transpercer le coeur Mais entendait, pourtant, son fils et son Sauveur, Au larron pénitent ouvrir l'autre Patrie !
Pilate est soucieux. Il n'a pas oublié L'Innocent, condamné contre toute justice, Par la haine des Juifs, au plus cruel supplice. « Serait-ce un Dieu, » dit-il, « que j'ai crucifié ? » Et le lâche, troublé par ces pensers funèbres, Sur un lit de repos étendu mollement, Cherche en vain le sommeil... Et c'était le moment Où Jésus appelait son Dieu dans les ténèbres !
Les ténèbres ! Le sol, tout à coup, a tremblé ; Des tombeaux sont ouverts et des morts ressuscitent ! Des prêtres effrayés, hagards, se précipitent Hors du Temple, où le Saint des Saints s'est dévoilé ! Prêtres et magistrats, et toi, foule cruelle, Confessez votre crime ; à genoux, à genoux ! Sinon le sang du Christ retombera sur vous Et vous serez voués à la mort éternelle !
..................................................................................... Et depuis deux mille ans, la pauvre humanité, Érigeant chaque jour quelque nouvelle idole, Passe, sans s'arrêter dans sa course frivole, A côté de la croix, où Jésus est resté. Car il est toujours là, celui qu'on crucifie ! Il est là, dans les siens, outragés, méconnus... Ah ! Que je sois, Seigneur, de ces heureux élus, Qui, mourant avec Toi, par Toi trouvent la vie !
Un bœuf, béatement courbé sur l'herbe verte Ruminait à part lui : « Je n'y tiens plus, c'est à mourir d'ennui, Ainsi que Robinson dans son île déserte. » (On voit que notre bœuf connaissait ses auteurs) « Que ne puis-je courir par les monts et les plaines, « Visiter des cités lointaines, « Et revenir enfin, de récits enchanteurs, « Charmer, sur mes vieux jours, de naïfs auditeurs ! » Une locomotive passe À ses yeux étonnés, tandis qu'il discourait. Comme l'éclair fendant l'espace, Elle courait, elle courait !
Notre bœuf regardait : « Voilà, dit-il, sans doute, « Ce que la Providence envoie à mon secours. « Oui, ce char merveilleux est venu sur ma route « Pour me permettre de voyager au long cours... « Mais que vois-je ? Des bœufs sont aussi du voyage ! « De vrais bœufs comme vous et moi ! « Cette fois, c'en est fait ! Foin du vieux pâturage, « C'est trop longtemps rester chez soi ! « – Arrêtez, mes amis ! » beugle alors à tue-tête le quadrupède ambitieux. « Je veux me joindre à votre fête, « Ayez pitié d'un bœuf qui s'ennuie en ces lieux. » – « Belle fête, vraiment » lui répond une vache Tandis que les wagons poursuivent leur chemin. « Es-tu las, pauvre fou, des bienfaits du destin ? « Va, sans désirer plus, rumine où l'on t'attache, « Ou, si tu veux voyager, sache « Que c'est à l'abattoir que nous mène le train. »
Que d'hommes, se plaignant de l'aveugle Fortune Ont voulu s'éloigner de la route commune Et s'élever à tous les yeux, Qui bientôt, roulant aux abîmes, Se sont vus trop tard les victimes De leurs désirs ambitieux !
Ce poème est extrait du troisième recueil de poésies publié par Ruben Saillens, "Sur les Ailes de la Foi", imprimé en
1921 (le titre de ce recueil a été repris, quelques années plus tard pour un recueil de cantiques qui a connu jusqu'à ce jour une très longue carrière).
I
L’Humanité déchue était jadis pareille
À quelque voyageur égaré dans la nuit :
Le bruit le plus léger que perçoit son oreille,
Un rameau de bois mort tombant derrière lui,
Lui donnent le frisson des choses inconnues ;
Il avance en tremblant comme dans un tombeau,
Car les astres amis se sont voilés de nues,
Et des souffles d’orage ont éteint son flambeau.
S’il marche, il va rester au fond des précipices,
Et s’il s’arrête, un froid mortel le saisira…
Ah ! par pitié, brillez, astres propices,
Aux yeux du voyageur, qui, sans vous, périra !
Le ciel entend ses cris ; perçant ses sombres voiles,
Mille lampes d’argent scintillent dans la nuit ;
L’homme, alors, le regard levé vers les étoiles,
En attendant le jour, voit sa route, et la suit.
II
Cette nuit, que la peur emplissait de fantômes,
Cette nuit du péché, dérobait à nos yeux
La beauté de la terre et la splendeur des cieux.
Et ce flambeau, c’était la sagesse des hommes :
Flambeau qui vacillait près du gouffre béant,
Jetait au vent du doute une dernière flamme
Et mourait… Le mystère enveloppait notre âme,
Et l’immortalité n’était que le néant.
Plus même que la mort, la vie était funeste,
Car est-ce vivre, ô Dieu, que d’errer loin de toi ?
C’est alors qu’apparut à la naissante Foi
Ta Parole, Seigneur, ta lumière céleste !
Comme on voit, un par un, briller au firmament
Les clous d’argent dont la beauté des nuits est faite,
La Révélation, prophète après prophète,
Dans notre ciel obscur se leva lentement.
Même confuse, éparse, inachevée encore,
Elle montrait la voie aux hommes égarés.
Vous n’étiez pas le jour, écrivains inspirés,
Mais vous étiez déjà des promesses d’aurore !
Vous avez précédé l’Etoile du matin
Qui parut, et brilla plus que vous tous ensemble.
Et bientôt se fondra votre rayon qui tremble
Dans le jour qui se lèvre, à l’orient lointain !
III
Brillez encor, pures étoiles,
Puisque ce jour tarde à venir !
Sur le présent, sur l’avenir
L’erreur étend toujours ses voiles,
Cependant que l’humanité
Marche aux lueurs d’un incendie,
Et, par ces flammes éblouie,
N’aperçoit pas votre clarté !
Brillez sur l’âme criminelle !
Jusqu’aux gouffres les plus profonds
Faites naître, par vos rayons,
L’espoir de la Vie éternelle !
Eclairez tous ceux que séduit
L’éclat d’une science vaine,
Feu follet, lumière incertaine
Qui rend plus sinistre la nuit !
Consolez ceux pour qui la terre
N’a que des moissons de douleurs !
Que leurs regards, voilés de pleurs,
Voient par vous le regard du Père !
Sans vous, d’horreur environnés,
Beaucoup sont morts avant l’aurore.
Pour ceux qui veulent vivre encore,
Pages divines, rayonnez !
IV
Comme avant de les voir disparaître, on salue
Les constellations qu’efface le soleil,
O Livre, quand viendra l’heure du grand Réveil,
Quand la foi, pour toujours, fera place à la vue,
Nous te dirons : « Adieu, toi qui fus la clarté
De notre nuit d’erreur, d’impuissance et de crime ;
Toi qui nous apportas le message sublime
De la rédemption et de la sainteté !
Jésus-Christ, le chemin, la vérité, la vie,
O Bible, par toi seule est venu jusqu’à nous !
Heureux qui t’a sondée humblement, à genoux,
Et, voyant ta lumière, humblement t’a suivie !
C’est par toi, Livre saint, que Dieu s’est révélé !
Si nous n’avons pas vu le fond de ton mystère,
C’est qu’il est impossible aux enfants de la terre
De vivre à sa splendeur, s’Il ne reste voilé ;
Mais l’ombre, grâce à toi, cessa d’être effrayante ;
A l’âme qui cherchait la paix et le salut,
Tu ne montrais pas tout, mais tu montrais le but !